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Thursday, 27 December 2012

Une guerre de l'eau menace l'Asie centrale

Deux gigantesques projets de barrage hydroélectrique divisent les cinq États postsoviétiques de la région. La Russie se tient en embuscade et attise les tensions.
Il fait froid cet hiver à Bichkek, jusqu'à -24 degrés. Et parce que le Kazakhstan voisin a réduit ses livraisons de gaz, certains quartiers de la capitale kirghize se retrouvent privés de chauffage. À quelques encablures de là, les habitants de Douchanbe, la capitale du Tadjikistan, risquent de connaitre les mêmes pénuries, l'Ouzbékistan ayant menacé le 25 décembre de suspendre -une nouvelle fois- ses approvisionnements d'or bleu.

C'est une drôle de guerre qui se déroule depuis déjà quelques années en Asie centrale. Une guerre attisée de loin par une Russie nostalgique de son ancien empire. Elle oppose le Kirghizstan et le Tadjikistan à l'Ouzbékistan, qui tente de s'allier aux deux poids lourds de la région, le Kazakhstan et le Turkménistan, grands producteurs d'hydrocarbures. L'Asie centrale regorge de ressources énergétiques, mais elles sont mal partagées. Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, qui imposait une gestion commune de ces richesses, les cinq pays de la région ont négligé toutes les principes de solidarité. Un oubli d'autant plus regrettable que les infrastructures industrielles héritées de l'URSS sont devenues obsolètes et grandes consommatrices d'énergie.
Le Kirghizstan et le Tadjikistan sont les États les plus pauvres d'Asie centrale. Ils n'ont ni gaz ni pétrole mais détiennent au cœur de leurs montagnes une arme tout aussi redoutable, l'eau, dont leurs trois voisins, en aval des deux grands fleuves qui traversent l'Asie centrale, l'Amou-Daria et le Syr-Daria, manquent cruellement. Bichkek envisage de construire deux gigantesques centrales hydroélectriques, Kambarata-1 (1900 mégawatts) et Kambarata-2 (300 mégawatts) sur le fleuve Naryn. Les deux sites pourraient non seulement assurer l'autonomie énergétique du pays, mais dégager des surplus à l'exportation.

Projet pharaonique sur la rivière Vakhch

L'autre château d'eau de l'Asie centrale, le Tadjikistan, ne produit actuellement que 4000 mégawatts par an mais fonde, lui aussi, de gros espoirs sur l'hydroélectricité. Douchanbe mise sur un projet pharaonique engagé à l'époque soviétique, abandonné au début de la guerre civile qui a ravagé le pays au début des années 1990, puis relancé ces dernières années: le barrage de Rogoun sur la rivière Vakhch. S'il parvient à son terme, ce barrage serait le plus grand du monde (335 mètres). Mais il s'annonce terriblement coûteux (plus de 3 milliards de dollars) et d'autant plus dangereux pour l'environnement que le Tadjikistan est régulièrement victime de secousses telluriques.

Une guerre de l'eau couve en Asie centrale

Un nouveau «grand jeu»

Les grands projets de développement du Kirghizstan, qui contrôle 70% de l'alimentation en eau de l'Ouzbékistan, et du Tadjikistan risquent d'avoir un impact catastrophique sur les immenses champs de coton ouzbèkes. Ils pourraient surtout affaiblir le statut de Tachkent dans le nouveau «grand jeu» qui se déroule en Asie centrale. Depuis plusieurs années, l'Ouzbékistan a donc pris l'habitude de multiplier les pressions sur ses deux voisins en suspendant régulièrement ses livraisons de gaz, en bloquant des convois de marchandises ou en imaginant d'autres tracasseries. Les autorités ouzbèkes évaluent déjà à 600 millions de dollars par an les pertes qu'occasionnerait Rogoun, et, en septembre dernier, le président ouzbek, Islam Karimov, qui n'est pas un tendre, a mis ouvertement en garde contre une «guerre» de l'eau.
En Asie centrale comme ailleurs, l'eau n'est jamais loin de la géopolitique. Ces rivalités font le bonheur de Vladimir Poutine, qui ne cesse de les alimenter pour conforter sa suprématie dans cette Asie centrale de plus en plus courtisée par d'autres acteurs politiques, la Chine, les États-Unis et l'Europe.
L'Ouzbékistan, qui a annoncé son intention de se retirer de l'Organisation du Traité de sécurité collective, une sorte d'Otan russe, n'est pas en odeur de sainteté au Kremlin. En revanche, le régime du président kirghiz, Almazbek Atambaïev, entretient les meilleures relations avec la Russie, qui a effacé en septembre la dette kirghize (près de 400 millions d'euros) et fourni un crédit de 1,3 million pour la construction des deux centrales hydroélectriques en échange du maintien de la base militaire russe de Kant. Pour obtenir l'appui du Kremlin, le président tadjik, Emomali Rakhmon, a également signé en octobre dernier un accord avec Vladimir Poutine sur le renouvellement du bail de la base militaire russe jusqu'en 2042.
 .lefigaro.fr
27/12/12

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